A la recherche de Vivian Maier

Le film retrace le portrait d’une photographe de rue qui ne sortait jamais sans son Rolleiflex autour du cou. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes Street Photographers du 20ème siècle. Ce film, plus qu’un film à voir : l’histoire d’une vie sous-exposée.

Critique de film par Olivier Taramarcaz
Cover des Films A la recherche de Vivian Maier

John Maloof, réalisateur du film, après avoir acheté aux enchères en 2007, une malle contenant 100 000 négatifs noir-blanc des années 1950-1960, part à la découverte de son auteure, remontant la piste, dans une démarche inlassable d’enquêteur, cherchant des indices sur ce travail photographique apparaissant au jour, jamais montré au public. Il découvre Vivian Maier.

Journal intime en images

Vivian Maier est née à New York en 1926, d’une mère française photo-graphe. Elle meurt à Chicago en 2009. Elle travaille comme nourrice auprès de différentes familles, tout en développant son art intime : la photographie. Vivian Maier, femme artiste, regarde le monde avec son Rolleiflex. La force du film réside dans le fait de reconstituer le parcours d’une vie dont l’histoire aurait pu être à jamais effacée, enfermée dans une malle, comme une histoire dans un livre jamais ouvert.

Un peu comme l’on apprend que des espèces sont en voie de disparition, alors même que l’on ignorait leur existence, Vivian Maier représente d’une certaine manière la vie singulière d’une artiste méconnue, aussi discrète qu’une mésange nonette, ou qu’une touffe de silène acaule cachée entre les rochers, présente au monde même si personne ne la voit.

Une vie non révélée

Prendre une photo est déjà un acte de saisie de la fugacité d’un instant, même si ce moment reste non-développé. La quasi-totalité des images de Vivian Maier sont restées ainsi, jusqu’à leur vente aux enchères. Le coût élevé des tirages peut être une explication au non développement des négatifs. Travaillant comme nourrisse, elle disposait de très peu de moyens.

Autoportrait Vivian Maier

La chambre noire

Vivian Maier interpelle par son côté énigmatique, par sa vie double d’artiste contrainte à un travail nourricier, vivant de manière confinée dans des chambres de nounou, sous les toits, sans disposer d’un réel chez-soi. C’est dans la photographie comme espace intime et comme chambre intérieure, que Vivian Maier trouve un enclencheur de rêve palliant à une    forme de vie sans vie à soi, sans espace personnel. Elle préserve ce lieu au point où sa vie rejoint la vie non révélée de ses négatifs maintenus dans la chambre noire. Elle n’a ainsi elle-même jamais vu la plus grande partie de ses photographies, celle-ci ayant été tirées sur papier après sa mort. Insaisissable comme les jeux de reflets de ses autoportraits, elle se révèle en une seule image comme en 100 000 regards gravés dans le temps revisité, qui nous revient chargé de gerbes, offertes aujourd’hui à tout un chacun.

Bande-annonce

Olivier Taramarcaz, coordinateur du festival visages

Olivier Taramarcaz est coordinateur romand formation et culture de Pro Senectute Suisse et directeur artistique du Festival visages.

Festival Visages

Parcours chez des artisans

visages nomade - affilié au festival visages, organisé chaque 2 ans, le prochain du 8 au 15 mars 2019 -, établit des ponts de connivence. Enjeux de société, portraits, histoires de vie donnent le ton, privilégiant la proximité, la convivialité. Poursuivant les projections chez des artisans, visages nomade rejoint dans sa promenade la Distillerie Morand de Martigny, ce 1er juin à 19h30, avec ce film, invitant à considérer la vie dans ce qu’elle porte d’insaisissable, de présence à  l’infime de l’intime.

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